De la différence hommes / femmes – Partie 1 : l’homme est-il plus fort que la femme ?

Cet article un peu particulier n’aura pas seulement pour objectif d’expliquer comment l’entraînement doit différer en fonction de son sexe.

Je souhaite ici tenter de répondre à la question pourquoi, mais surtout comment, les hommes sont différents des femmes. De prime abord, la réponse semble simple : la différence de sexe s’accompagne de caractéristiques spécifiques rendant la procréation possible, notamment les taux d’hormones. Nous verrons que ce n’est pas si simple, car nous devons prendre en compte une donnée inattendue : les contextes historique et social.

Je vais donc procéder de cette façon :

  1. Déterminer quels sont les différents sexes, comment les définir et les différencier
  2. Comprendre les différences de physique et de perfomances (l’homme est-il fait pour être plus fort et musclé que la femme ?)
  3. Définir les types d’entraînements adaptés à chaque sexe en fonction de ses particularités (de par le nombreux contenu que cette partie nécessite, elle sera abordée dans un prochain article).

 

Définitions

La plupart des gens s’accordera sur la définition anatomique : les femmes sont des femmes car elles possèdent des organes génitaux féminins et les hommes sont des hommes car ils possèdent des organes génitaux masculins.

Cependant, c’est un peu réducteur. Le premier critère est génétique : il s’agit des chromosomes. Tout le monde sait que les femmes ont une paire de chromosome XX et les hommes une paire XY. Lors de la fécondation, la femme fournit un chromosome X et l’homme, soit un chromosome X, soit un Y (c’est le chromosome fournit par l’homme qui détermine le sexe de l’enfant). Lors des premières semaines de grossesses, le sexe n’est pas encore déterminé. L’embryon évolue alors sous la seule influence du chromosome X, jusqu’à l’activitation (si présent) du chromosome Y, entre la 6ème et la 12ème semaine. Cette activation va alors déterminer le système hormonal (masculin), qui va permettre l’évolution des organes reproducteurs, qui étaient jusque là neutres (androgynes).

Nous relevons donc trois critères : génétique, hormonal et anatomique.

Pour simplifier quant aux hormones : les hommes ont de plus grandes concentrations de testostérone, qui va leur permettre entre autres le développement des organes génitaux, la répartition et la croissance des poils, la voix (grave), la masculinisation du visage, ainsi que la production de sperme et le bon fonctionnement de la prostate. Les femmes ont de plus grandes concentrations d’oestrogènes et de progestérone ; ces deux hormones entrent en jeu dans les processus d’ovulation, le développement de la muqueuse utérine pour accueillir un potentiel embryon, la chaleur corporelle optimale pendant la grossesse, etc.

 

Liens entre développement musculaire ou développement de force, et sexe

La testostérone, en concentration bien plus forte chez les hommes, a des effets anaboliques bien connus, et sont également liés à la prise de force (par ailleurs, le développement musculaire entraîne nécessairement un développement de la force. Car plus un muscle grossit, plus l’insertion du muscle sur l’os s’éloigne de l’articulation, ce qui augmente l’effet de levier).

Comme la femme possède moins de testostérone, on entend souvent dire que le rôle de cette hormone est seule responsable de la masse et de la force, donc qu’il est normal que les femmes soient généralement moins fortes et moins musclées.

Mais c’est sans prendre en compte le fait que les études sur les femmes, y compris les femmes entraînées et professionnelles, montrent qu’elles gagnent autant de pourcentage de muscle, de volume musculaire et de force que les hommes (voir aussi : The natural muscular potential of women, dont je m’inspire pour cette partie de l’article). En gros, un homme d’1m70 qui possède 50kg de masse maigre ne prendra pas plus de muscle qu’une femme d’1m70 qui possède 50kg de masse maigre (pourquoi je parle de masse maigre et pas de poids total ? Car proportionnellement, la femme possède naturellement un taux de graisse essentielle plus élevé, pour répondre aux besoins des organes reproducteurs féminins ; parler de poids total ne serait donc pas judicieux).

Mais comment cela est-il possible ?

La réponse est simple. D’une part, les oestrogènes, présents en grande quantité chez la femme, ont nombre d’effets bénéfiques pour la prise de muscle : aident à la récupération musculaire (les femmes nécessitent environ 24h de récupération entre chaque entraînement d’un groupe musculaire donné, quand les hommes ont besoin d’au moins 48h), ont des effets anabolisants et sont anti-cataboliques. D’autre part, les femmes sont plus sensibles aux effets des facteurs de croissance comme l’IGF-1 et l’hormone de croissance (laquelle est trois fois plus élevée chez la femme que chez l’homme). Ces deux données expliquent comment le manque de testostérone est contrebalancé pour la femme.

Cependant, on ne peut s’empêcher de notifier que généralement, les hommes possèdent plus de muscle et de force que les femmes. Cela s’explique (toujours en me basant sur l’article de Menno Henselmans cité plus tôt) par :

  • l’effet psychologique. Une étude a montré que faire croire à des hommes qu’on leur avait administré des stéroïdes avait augmenté leur force de 321%, bien que ce ne fût qu’un placebo. Comme il est habituel d’entendre « les femmes sont faibles », « les femmes ne doivent pas soulever lourd sinon elles vont ressembler à des hommes », il n’est pas étonnant que les femmes sous-estiment grandement leur capacités, et soulèvent donc beaucoup moins que ce qu’elles pourraient à la salle.
  • le faible taux de femmes dans le sport. « Les personnes les plus fortes dans le sport sont des hommes ». Certes, mais se hisser au top niveau est plus exigeant pour les hommes car la concurrence est rude, alors que le nombre de femmes dans le sport est si faible en comparaison que se hisser au top niveau ne demande pas autant d’efforts. Cela ne vient donc pas forcément du fait que les hommes sont plus forts en soi. De plus, il existe probablement des potentielles détentrices de records mondiaux qui, comme elles ne font pas de sport, ne pourront jamais développer leurs capacités (ce qui, statistiquement parlant, a plus de chance de se produire pour les femmes que les hommes vu que les hommes sont plus présents dans le milieu sportif).

Pour résumer jusque là : les capacités de développement de la force et de la masse musculaire sont égaux pour les femmes et les hommes. Les différences s’expliquent par le contexte social, et le point de départ.

Comment expliquer les différences de stature ?

Parlons-en, de ce point de départ ! En effet, bien que proportionnellement parlant, les femmes aient la même capacité de croissance musculaire, si les hommes sont plus grands, alors ceux-ci seront toujours plus musclés de manière absolue. De la même façon, si la force relative (qui prend en compte le poids du corps) des femmes est égale à la force relative des hommes, la force absolue (le montant en kilogramme maximal) des femmes sera plus faible si l’on prend en compte le fait que les femmes sont généralement plus petites, plus légères.

Je me réfère, pour répondre à ce questionnement, aux travaux de Priscille Touraille dans son ouvrage Homme grands, femmes petites : une évolution coûteuse. Les régimes de genre comme force sélective de l’adaptation biologique. Pour résumer : les protéines ont été pendant des millénaires généralement réservées aux hommes, alors que les femmes devaient se contenter des restes et bouillons pauvres en nutriments, ce qui n’est pas sans conséquence sur la constitution corporelle. D’autant plus que les femmes connaissent un coût énergétique plus important à cause des menstruations et de la grossesse. L’alimentation est en effet capable de modification génétique via l’intestin. Il est donc ainsi possible de transmettre cette particularités aux générations futures. Cela peut également expliquer pourquoi les générations actuelles présentent des tailles généralement toujours plus élevées que celles de nos ancêtres : les moyens de production évoluent, l’accès à la nourriture, donc une plus grande disponibilité des nutriments, est amélioré.

 

Conclusion

Les hommes et les femmes sont différents en beaucoup de points, influencés bien sûr par la génétique, mais aussi, de façon plus surprenante, par le contexte historique et le contexte social. Pourtant, en terme de capacité d’hypertrophie musculaire et de force, l’écart entre les sexes est moindre. Peut-on alors programmer le même type d’entraînements aux femmes qu’aux hommes ? Non. J’aborderai ce point dans le prochain article, qui détaillera pourquoi le programme mérite à différer en fonction du sexe, et comment le mettre en place.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.