Végétarisme et santé #1

Depuis quelques années nous assistons à une grande montée de certains types de régimes notamment végétariens. On peut même dire que cette montée s’apparente parfois à un phénomène de mode.

En un sens cela est une bonne chose, car elle pousse un grand nombre de consommateurs à regarder davantage ce qu’il y a dans son assiette tout en pensant à l’impact éthique de son alimentation. Mais de nombreux magazines et sites internet, en grande partie destinés aux femmes dans les rubriques « minceurs », font la promotion de ce type d’alimentation de manière mal informée, voire désinformée.

Cela pose deux problèmes :

  • Beaucoup de personnes s’improvisent « spécialistes » en nutrition et diffusent des erreurs grotesques qui risquent la santé de ceux qui les écoutent et suivent leurs conseils.
  • Certains ne se documentent que peu sur le sujet du végétarisme avant de commencer un régime de ce type, ce qui peut être dangereux, si l’on ne connaît ni les éventuels dangers liés aux carences possibles, ni les moyens de les éviter.

Pour pouvoir traiter ces différents points j’écrirai cet article en deux parties. Je ne parlerai pas du végétarisme sur les plans éthique ou moral, mais seulement du point de vue nutritionnel. Cependant si vous souhaitez voir un article sur le côté éthique du végétarisme, vous pouvez m’en informer via la section commentaire et je pourrai publier un topic via ma newsletter.

Note : je parle de végétarisme en général avec tous les sous-types de végétarismes qui existent tels que le végétalisme et le véganisme.

 

Végétarisme et santé – Partie 1 : constitution de l’organisme humain et besoins nutritionnels

L’humain est-il fait pour être végétarien ?

Cette question pose deux problèmes distincts :

  1. L’être humain est-il capable de vivre sans produit animal ?
  2. Le corps humain est-il conçu pour ne se nourrir exclusivement que de produits végétaux ?

Tentons de résoudre ces différentes questions.

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L’Homme végétarien par nature : quelques idées reçues

  • La dentition humaine prouve que nous sommes fait pour nous nourrir de végétaux et non de viande – erreur n°1

Beaucoup d’articles florissant que les sites promouvant le végétalisme tendent à montrer que la dentition humaine est faite pour ingérer des végétaux et est comparable à la dentition des herbivores.

Effectuer de simples comparaisons sur l’apparence physique ne me semble pas pertinent du point de vue scientifique.

De plus, la dentition humaine est souvent comparée à la dentition des singes pour justifier que nous sommes, « comme eux », herbivores. Or, les singes tels que les chimpanzés (les plus proches de l’homme) ne sont PAS herbivores, mais omnivores ( Stanford, C. B. The Hunting Ecology of Wild Chimpanzees: Implications for the Evolutionary Ecology of Pliocene Hominids. American Anthropologist )

Je vous invite à lire cet article simple mais bien documenté sur la dentition des animaux, qui met en lumière le fait que si l’homme possède des dents capables de mâcher les produits végétaux, elles ont également pour fonction la capacité de mâcher de la viande.

  • Nos ancêtres étaient herbivores – erreur n°2

L’étude des dentitions de l’homme de Neandertal et de l’Homo Sapiens ( Fiorenza, Occlusal Wear Pattern Analysis of Functional Morphology in Neanderthals and Early Homo sapiens Dentition ), qui sont les espèces humaines les plus proches de nous (Homo Sapiens Sapiens) démontrent qu’ils se nourrissaient majoritairement de plantes et d’animaux (petits mammifères, moyens et grands herbivores).

Etudier les populations humaines plus anciennes aurait peu de pertinence, puisque nous en sommes forcément plus éloignés que les plus récentes en terme de caractéristiques corporelles, mais en plus il nous est plus difficile d’en savoir beaucoup étant donné le peu de découvertes liées aux époques plus lointaines. Cependant, les quelques recherches dont nous disposons semblent montrer que les premiers hommes se nourrissaient déjà de petits animaux, bien que la majorité de leur alimentation provenaient de la végétation.

 

 

  • L’alimentation végétale est meilleure pour la santé que l’alimentation carnée (l’humain est donc sûrement fait pour manger des végétaux et non de la viande) – erreur n°3

Affirmer qu’une alimentation végétale est meilleure pour la santé qu’une alimentation riche en produits animaux est très difficile à prouver. Vous comprendrez qu’une personne qui mangera beaucoup de fruits et légumes aura une meilleure santé qu’une autre qui mange beaucoup de charcuterie. Mais vous pourrez aussi comprendre qu’une personne qui se nourrit de beaucoup de viande blanche et œufs bio aura une meilleure santé que celui qui ne mange que des pâtes. Il est donc très facile de tirer les conclusions que l’on veut, que l’on soit pro-végétarien ou pro-omnivore.

Pour qu’une étude sur le sujet puisse être valable, il faudrait comparer deux groupes dont les membres de chacun d’eux aient une alimentation saine et équilibrée, pour un groupe composée de produits végétaux et animaux, et pour l’autre groupe composée uniquement de produits végétaux.

En vérité les tentatives d’études posent souvent problème (conflits d’intérêt, populations étudiées, biais de confusion…)

Pour le cas de la viande rouge, qui a fait débat ces dernières années, je vous invite à lire les articles de Nutriting : Viande rouge et risque cardiaque et Viande rouge et cancer. Ces deux articles remettent fortement en cause la fiabilité des conditions d’études et nous livrent même les résultats d’une comparaison des taux de cholestérol et triglycérides entre mangeurs de viande rouge et non-mangeurs de viande rouge : la conclusion est qu’aucune différence n’est constatée entre les deux groupes et ce jusqu’à un maximum de 500g de viande rouge par jour (ce qui est énorme) ; aucune étude n’a été effectuée avec des quantités supérieures à 500g.

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Mon avis sur le sujet est qu’on peut être en bonne santé que l’on soit végétarien ou omnivore, grâce à un choix intelligent de bons aliments. Il existe d’autres arguments avancés par les partisans du végétalisme pour justifier leur choix, et de la même façon, les « pro-omnivores » vont énoncer des arguments tels que « on a toujours mangé de la viande donc c’est que nous sommes faits pour manger de la viande ». C’est trop simpliste de voir les choses de cette manière et la vérité est un peu plus compliquée que ça. Il nous faut prendre en compte d’avantage que l’histoire de l’évolution des hommes ou bien que nos caractéristiques physiques telles que la dentition, pour savoir ce que nous devons manger : il nous faut savoir ce dont l’organisme a besoin pour bien fonctionner.

 

Peut-on se passer de produits animaux ?

Il est possible d’avoir une très bonne santé en étant végétarien, cela est évident. Mais se passer totalement de produits animaux, comme ce qui est le cas lorsqu’on est végétalien, est-ce possible ? Nous venons de voir que l’être humain a toujours consommé des animaux. L’Homme est capable de mâcher et digérer les produits animaux tout comme les produits végétaux. Est-ce pour cela qu’il ne doit pas se passer de produits animaux ?

Philosophiquement parlant, rien n’empêche un être humain de se passer de produits animaux, malgré les informations précédentes. En revanche, il faut savoir que l’organisme humain nécessite certains éléments que l’on ne peut trouver pratiquement que dans les produits animaux, comme les oméga 3 DHA et la vitamine B12.

 

 

  • Le problème des oméga 3

Beaucoup de partisans du végétalisme affirment que les besoins en oméga 3 peuvent être comblés grâce à l’alimentation végétale via les oléagineux et graines (notamment graines de lin et de chia). Le soucis est que bien que ces aliments contiennes des oméga 3 en grande quantité, il s’agit d’oméga 3 ALA. Or, l’organisme a besoin d’oméga 3 DHA principalement, et la conversion de l’ALA en DHA est très faible, et devient de plus en plus difficile en prenant de l’âge.

Pour les végétariens qui mangent des oeufs, il n’est pas difficile de pallier à ce manque en consommant des oeufs enrichis en oméga 3. Pour les autres, il faudra prendre une complémentation à base d’algues qui contiennent des oméga 3 marins DHA.

  • La vitamine B12 indispensable

Il est d’une importance cruciale de se supplémenter en vitamine B12 lorsque l’on ne consomme plus aucune produit d’origine animale, car les végétaux n’en contiennent pas. La vitamine B12 est synthétisée par l’organisme, mais le soucis est que l’être humain ne le synthétise qu’au niveau intestinal, et n’est pas absorbé avant d’être rejeté par l’organisme.

La vitamine B12 est synthétisée par des bactéries, il est donc facile de trouver des compléments alimentaires d’origine synthétique qui ne contient pas de produits animaux.

Un déficit en vitamine B12 peut conduire à la démence voire à la mort. Il est donc indispensable de se supplémenter afin de conserver une santé optimale.

  • La vitamine D3

En été, il suffit de s’exposer au soleil pour fabriquer de la vitamine D3. Mais du début de l’hiver jusqu’au printemps, le soleil ne suffit pas à combler les besoins en vitamine D, il faut donc se supplémenter. La plupart des compléments sont fabriqués à partir de lanoline (graisse de laine de mouton). Sauf pour les vegans qui ne consomment aucun produit issu de l’exploitation animale (y compris la laine donc), les autres végétariens pourront s’en contenter. Pour les vegans, il existe des compléments de vitamine D à base de lichen.

 

Nous verrons dans la seconde partie de cet article comment s’alimenter et se supplémenter afin de conserver une santé optimale, en fonction de votre type de régime végétarien.

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